Enseignante et chercheuse émérite
À 74 ans, Jeanne Villaneau raconte son parcours avec simplicité et pudeur, se dévoilant par petites touches. Rien, pourtant, n’a jamais vraiment été ordinaire dans sa trajectoire. Venue des environs de Niort, elle pose ses valises en Bretagne il y a cinquante ans et n’en repartira plus. « Le hasard d’une première mutation professionnelle m’a menée ici », dit-elle. Un hasard qui lui offrira un pays dont elle tombera amoureuse : les vallées de l’Isole et de l’Ellé, qu’elle arpente encore presque chaque jour.
La liberté comme modèle
Si notre scientifique modélise le langage à travers des formules, des codes informatiques, Jeanne refuse pour autant les carcans. Pas question pour elle d’appartenir à un parti : « Penser comme le groupe ? Impossible. » Cette liberté, elle la cultive aussi dans son rapport à la nature. Une fois retraitée, elle s’engage pleinement dans la protection de l’environnement. Elle devient déléguée de l’antenne de Quimperlé pour Bretagne Vivante, adhère à Eau & Rivières et à la LPO. Son terrain de sept hectares favorise le « sauvage », un refuge pour la biodiversité. Elle y écoute les cerfs bramer, observe renards et blaireaux, surveille les oiseaux qui se raréfient. Le constat est sombre : « On va dans le mur », dit-elle, inquiète de la disparition des insectes, du déclin des hirondelles, du bocage abattu. Et c’est encore dans la transmission que Jeanne, l’enseignante, place son espoir. Car pour elle, il faut connaître pour comprendre, comprendre pour protéger. Alors elle milite, organise, fait venir des intervenants, anime des sorties. La connaissance comme porte d’entrée vers l’émerveillement, et peut-être l’action. Libre, toujours, jusque dans sa façon de regarder sa propre vie : « Je ne me retourne jamais. Vivre, c’est choisir, et choisir, c’est exclure. » Cette phrase, héritée de sa mère, résume sa façon d’avancer. Rien n’a été prémédité, mais tout a été assumé. Jeanne Villaneau n’a pas cherché à être pionnière, elle l’est devenue en suivant simplement ce qui lui semblait juste, à chaque instant. Et aujourd’hui encore, elle avance, encore et toujours, comme les rivières qu’elle aime longer, fluides, déterminées, indifférentes aux obstacles, parfaitement libres.
Parcours sup
Jeanne n’a jamais vraiment choisi une voie : ce sont les voies qui se sont ouvertes à elle, et qu’elle a prises sans se retourner. Élève brillante, elle s’oriente vers les sciences parce qu’elles « offrent plus de possibilités ». Deux ans de classe préparatoire, puis l’École des Mines de Paris en 1970, qui ouvre pour la première fois le cursus aux femmes. Elles ne sont que trois dans sa promotion. Elle raconte, amusée, l’atmosphère très masculine de l’époque, et elle, « l’ovni », qui aimerait s’orienter vers la recherche, la géologie, l’océanographie. Mais dans cette équation, son mariage survient et la fait bifurquer vers l’enseignement des mathématiques. Elle prépare l’agrégation, devient professeure au lycée de Kerneuzec à Quimperlé durant 17 ans, avant de rejoindre l’Université Bretagne Sud où elle découvre enfin la recherche. « J’aimais comprendre, formaliser », dit-elle. Titulaire d’un doctorat, elle se spécialise en informatique, dans le traitement automatique des langues, bien avant que l’intelligence artificielle ne vienne révolutionner notre quotidien. Pour elle, ces systèmes statistiques sont fascinants, mais dangereux si on leur accorde une confiance qu’ils ne méritent pas.