Il y a plus d’une vingtaine d’années, le directeur du domaine de Beg Porz, Jean-Marc Jourdain, a choisi d’en changer, de quitter la région parisienne où il est né, pour mettre les voiles vers la Bretagne après un périple en mer de deux ans. Trouvant enfin l’horizon qu’il cherchait et bien plus…
MAG16 : Quel a été votre parcours avant de devenir directeur du domaine de Beg Porz ?
Jean-Marc Jourdain : J’étais professeur d’éducation physique et sportive à l’origine. Mais je ne suis resté qu’un trimestre dans l’Éducation nationale. À la fin de mes études, j’ai monté une association de prévention de la délinquance par le sport qui a conduit à la création d’une structure paramunicipale à la ville des Mureaux. J’ai rejoint ensuite la ville de Gennevilliers pour être d’abord agent de développement du sport, puis directeur des sports. À cette époque, je commençais déjà à en avoir assez de la région parisienne. Et puis j’avais le sentiment de tourner en rond… J’ai été alors recruté à l’UCPA pour créer de nouvelles bases en Tunisie, Sicile et Égypte.
Au bout de quatre ans, j’ai eu envie de prendre un nouveau départ. Avec ma femme, on est parti sur notre voilier durant deux ans, pour parcourir la Méditerranée et surtout découvrir la mer Rouge. Et puis, est venue l’envie de fonder une famille. Pour notre retour en France, nous hésitions encore entre trois régions, la Corse, le Pays Basque et la Bretagne. La mer n’étant jamais loin… La Bretagne avait déjà à nos yeux, un large avantage. Le voyage de retour nous a amenés jusqu’à Arradon dans le Golfe du Morbihan. Peu après, j’ai été nommé directeur du centre nautique de Crozon-Morgat.
MAG16 : Comment est née votre passion pour la voile ?
Jean-Marc Jourdain : Au départ, j’étais un handballeur quand je suis entré à l’UEREPS de Caen. Et puis on a monté la première section option planche à voile dans laquelle je me suis retrouvé avec des judokas, des pongistes… Aucun de nous n’avait pratiqué. On est vraiment parti de rien. Non seulement, on a tous obtenu notre brevet d’État dans les trois ans, mais on est devenu aussi le meilleur UEREPS de France dans la discipline.
MAG16 : Vos proches sont-ils aussi mordus ?
Jean-Marc Jourdain : Pour le nautisme en général, oui. Ma femme n’avait jamais passé une nuit en mer avant qu’on ne s’embarque pour ce voyage de deux ans. Aujourd’hui, elle s’est trouvée une passion pour le surf. Comme mes enfants qui pratiquent également la voile… Pour ma part, je fais essentiellement de la planche à voile et du kitesurf.
MAG16 : Pourquoi avoir choisi Beg Porz ?
Jean-Marc Jourdain : Ma femme et moi, on est tombé amoureux de la région, du Pouldu, de Doëlan, des Rias… À l’époque où je suis devenu directeur de la Base nautique de Crozon-Morgat, on avait fait construire une maison à Kerviglouse à Clohars-Carnoët, pour accueillir la famille qui s’était agrandie avec nos six enfants. Et puis j’ai appris que le poste de direction du domaine de Beg Porz était ouvert aux candidatures. Après six années passées à Crozon-Morgat, j’avais aussi envie de m’engager dans un nouveau projet professionnel. Je connaissais bien Michel Rose, l’ancien directeur, qui m’a convaincu. Le domaine venait d’être entièrement rénové pour 6 millions d’euros. J’ai postulé et j’ai bien fait ! C’était en 2011, il y a maintenant dix ans…

MAG16 : En quoi le domaine de Beg Porz se distingue-t-il ?
Jean-Marc Jourdain : Contrairement à la Base nautique de Crozon-Morgat, l’activité du domaine de Beg Porz est centrée à 80 % sur l’hébergement et 20 % sur les activités nautiques. Si bien qu’ici, on est agrémenté pour pouvoir accueillir jusqu’à 6 classes de mer. Et une partie du village de vacances dispose de 100 lits adultes en chambres hôtelières.
MAG16 : Qui peut venir séjourner au domaine ?
Jean-Marc Jourdain : Le domaine se divise en trois parties. La première concerne l’hébergement hôtelier pour les fa- milles, les randonneurs, les seniors qui font du tourisme, les personnes seules ou en couple. En un mot, au tout public. Il y a une possibilité d’organiser des séminaires, des fêtes de familles, des cousinades, des mariages… Toutes les chambres hôtelières ont été rénovées récemment. On est dans un standard d’hébergement de haut niveau.
La 2e partie est dédiée à l’hébergement collectif pour les classes de mer, les colonies de vacances ou les groupes de sportifs. Là aussi, nous sommes en train de rénover l’ensemble.
Enfin la 3e accueille le centre nautique qui propose de la voile et du kayak et s’adresse à tous les hôtes du domaine, mais aussi aux extérieurs. C’est une vraie école de voile ouverte à tous les touristes, mais aussi aux habitants de la région, avec un point de location sur la plage de Kerfany.
MAG16 : La période de la crise sanitaire a été, on l’imagine, très difficile ?
Jean-Marc Jourdain : Oui et cela reste très compliqué. En temps normal, on est ouvert huit mois par an, de mars à début novembre. Les plannings sont organisés sur la saison de manière à ce que le domaine reste ouvert 7 jours sur 7, 24h sur 24. Et là, en 2020, on a accueilli les premiers groupes le 14 mars et le lendemain, on a dû fermer. On a pu rouvrir de juillet à fin octobre avec des colonies, quelques groupes et familles sur la partie hôtelière. Avec ces nouvelles restrictions, on a dû annuler et rembourser des séjours, au mieux les re- porter à une date ultérieure en jonglant avec les réservations déjà prises sur 2021.
MAG16 : Vous avez une date de réouverture ?
Jean-Marc Jourdain : On est toujours dans l’attente d’une autorisation gouvernementale, sachant que la date change quasiment de jour en jour. Avec le reconfinement, on serait plutôt parti pour une possible réouverture en mai dans le meilleur des cas. Difficile de se projeter dans de telles conditions. Autant dire qu’on navigue à vue, dans le brouillard, et avec un courant contraire.
Toutes les équipes attendent, avec une grande partie de sai- sonniers qui sont actuellement sans contrat de travail, contrai- rement au premier confinement où ils étaient au chômage partiel. Sur le plan humain, c’est très difficile. J’ai un contrat moral vis-à-vis de mes employés comme des clients. Au plus fort de la saison, cinquante-deux employés travaillent dans le domaine de Beg Porz.
MAG16 : De nouvelles animations sont-elles envisagées ?
Jean-Marc Jourdain : On a très envie de proposer du windfoil, une pratique hybride entre le kitesurf et la planche à voile.
Le foil, c’est l’avenir de l’activité nautique. Mais avec les conséquences de la crise, nous ne pourrons faire aucun investissement dans l’immédiat. Et de fait, le projet est reporté. Nos priorités sont ailleurs pour le moment. Les aides de l’État ne compensent pas les pertes concédées. Pour rebondir et relancer notre activité, il va falloir imaginer des solutions comme des conventions de partenariat avec les collectivités pour nous accompagner et nous soutenir dans cette reprise.
MAG16 : Quels sont, selon vous, les atouts du domaine de Beg Porz ?
Jean-Marc Jourdain : Avant tout, je dirais que c’est le site. On est dans la terre des Rias, avec un environnement naturel exceptionnel. C’est un endroit stratégique pour découvrir toute la Bretagne Sud. Le fameux GR34 passe au pied du domaine. Pour les randonneurs, c’est l’idéal. Les grands sites touristiques bretons du sud-est (Carnac, Quiberon, la Pointe du Raz, Concarneau, Belle-Île…) ne sont pas très éloignés.
J’évoquerais ensuite la qualité du plan d’eau pour l’activité nautique. Quel que soit la météo, on peut naviguer 365 jours par an à Beg Porz, soit en mer, soit en rivière de Bélon. Vous pouvez essuyer un gros coup de vent en mer, mais passé la pointe de Beg Porz (qui signifie pointe du port en breton), vous vous retrouvez soudainement en « Méditerranée », sans la moindre houle… C’est ce contraste que j’aime ici, dans l’anse de Gorgen.
On peut tout autant profiter du cadre privilégié de cette petite baie, que de ses alentours. L’été par exemple, on propose une sortie en mer d’une journée aux îles des Glénan qui a beaucoup de succès auprès de notre public.

MAG16 : Le domaine de Beg Porz, c’est finalement un cadre naturel unique…
Jean-Marc Jourdain : À plusieurs titres en effet. Et notre label Chouette Nature, développé par la Fédération Cap France en faveur d’un tourisme durable, en témoigne. Quand on hérite d’un tel site, on se doit de le préserver. À nos pieds, en contre- bas du domaine, on voit « grandir » quelques parcs à huîtres du Bélon, dont la réputation n’est plus à faire.
MAG16 : Pour conclure, quel est votre lieu préféré sur le territoire ?
Jean-Marc Jourdain : Parce qu’on s’y balade souvent avec les enfants et les petits-enfants, je dirais Beg an Tour et Doëlan. C’est aussi là que je pratique un peu la plongée sous-marine. Pour moi, le petit port de Doëlan est le plus beau de Bretagne. Dans l’esprit des Rias, c’est un port naturel sans infrastructure.
Et enfin, il y a ici, dans cette région, une douceur de vivre incomparable à nulle autre en Bretagne.