Clarisse Monnier

Clarisse Monnier est co-fondatrice de l’association Ty pouce qui porte un projet de micro-ferme urbaine et de restaurant inclusif. Cette jeune femme enthousiaste et engagée a trouvé, à Quimperlé, l’endroit idéal pour installer sa famille et développer un projet créateur de lien

MAG16 : Vous êtes à l’origine du projet Ty Pouce, comment est-il né  ?
Clarisse Monnier  : Au départ ce sont des rencontres et des conversations entre personnes concernées par la question du handicap, soit sur le plan professionnel, soit sur le plan personnel. Je pense à Sandra Blauhellig qui est la représentante légale de l’association, qui est une amie et qui est présente avec moi sur le montage de ce projet depuis le début. Face au handicap, nous nous disions qu’il y avait encore beaucoup de travail et que même si les lois et la société avançaient, c’était lent. Nous avions envie d’innover et d’impulser quelque chose de dynamique pour changer vraiment le regard sur le handicap et d’offrir un lieu d’accueil le plus inclusif possible. Nous avions envie d’aller plus vite, plus loin, et de faire vraiment quelque chose de totalement inclusif.

MAG16  : Comment la question du handicap est-elle devenue une source d’engagement pour vous ?
Clarisse Monnier  : En fait, plus jeune, j’étais monitrice d’équitation. C’était ma passion d’adolescente. J’ai fait beaucoup de concours et j’ai donc passé le monitorat pour devenir monitrice. J’ai ensuite enseigné et au bout de deux ans, par hasard, dans le centre équestre où je travaillais, j’ai accueilli des personnes en situation de handicap. Et cette rencontre m’a beaucoup touchée. J’ai découvert une humanité superbe, un autre lien très humain, beaucoup plus simple, en dehors des apparences, des normes et ça a été le coup de foudre comme on peut dire. Du coup, cette rencontre m’a donné envie de changer de métier. C’est ce que j’ai fait en devenant éducatrice spécialisée. Depuis je n’ai cessé de travailler auprès de personnes en situation de handicap notamment les enfants.

MAG16  : Le projet Ty Pouce semble dépasser la question du Handicap, non ?
Clarisse Monnier : Oui, il y a l’envie de faire bouger les choses, d’innover par rapport aux enjeux d’aujourd’hui. Je pense que toutes les personnes qui sont à l’origine de l’association et même les personnes qui nous rejoignent encore aujourd’hui sont des personnes qui sont particulièrement conscientes, je pense, des enjeux sociaux et écologiques auxquels nous faisons face.
Nous avons l’envie de réinventer un avenir qui soit souhaitable et désirable pour nous et pour nos enfants.


MAG16  : Est-ce qu’on peut parler de véritable engagement citoyen ?

Clarisse Monnier  : Oui complètement. Personnellement je suis aussi passionnée par les nouvelles techniques agricoles comme la permaculture l’agroécologie, l’agroforesterie. Tout ce qui permet d’inventer une nouvelle agriculture à la hauteur des enjeux d’aujourd’hui. C’est passionnant et donc très rapidement le projet Ty pouce comprenant la micro-ferme urbaine en production directe pour le café-restaurant s’est imposé. L’idée aussi c’est que le café-restaurant est le meilleur médiateur, le meilleur moyen de créer des rencontres, du lien avec le public.

MAG16  : Une micro ferme urbaine, qu’est-ce que c’est  ?
Clarisse Monnier  : C’est un concept relativement récent. C’est le Cerema qui est un centre d’expertise lié à AgroParisTech qui a promu ce nouveau modèle pour faire face aux besoins de circuits courts. Il y a un besoin de résilience alimentaire des villes aujourd’hui, c’est-à-dire qu’elles concentrent le plus grand nombre de population mais on se rend compte qu’en cas de crise importante, comme c’est le cas actuellement, tout le système peut être bloqué. Aujourd’hui, comment fait-on pour nourrir une population sur un territoire si on ne produit pas sur place ? C’est un enjeu hyper important et on se rend compte qu’on n’est pas encore à la hauteur. Donc les micro-fermes permettent de produire au plus près, de réduire les pollutions liées au transport et répondent en partie aux besoins de résilience alimentaire d’un territoire.
En plus, il y a de nombreux bénéfices annexes puisque ces micro-fermes favorisent la rencontre, le lien social. Elles permettent également de recréer des espaces verts dans les villes ce qui lutte contre le réchauffement climatique et la pollution de l’air. Elles ont beaucoup d’utilité c’est pour ça que c’est un modèle aujourd’hui qui voit le jour et qui se développe.

MAG16  : Il y a également en volet pédagogique dans le projet de micro-ferme, vous pouvez nous en parler  ?
Clarisse Monnier  : Le but du projet, c’était aussi de diffuser un peu ces valeurs, d’utiliser ces supports que sont le café-restaurant et la micro-ferme urbaine pour expliquer ce que nous faisons et pour sensibiliser au vivre ensemble, à l’inclusion des personnes en situation de handicap, ou à la transition écologique.
Donc, nous nous sommes dit qu’il fallait sensibiliser dès le plus jeune âge et le plus possible. L’objectif est de proposer des activités pédagogiques durant la semaine pour les écoles et les structures sociales et médico-sociales. Nous aimerions bien faire des groupes mixtes en proposant des créneaux mélangeant des enfants d’une école et des enfants d’une structure qui accueille des enfants handicapés. Les mercredis et les samedis nous organiserons des ateliers à destination des familles et des habitants pour toucher vraiment différents publics.

MAG16  : Vous avez évoqué le restaurant associatif inclusif, qu’est-ce que c’est  ?
Clarisse Monnier  : C’est un concept qui n’existe pas vraiment ! L’idée du café-restaurant en support social ou pour embaucher des personnes en situation de handicap commence à se développer. Il y en a Nantes, à Rennes, à Paris qui ont ouvert. Mais, ce que nous faisons ici, allier le café-restaurant solidaire, l’inclusion, c’est-à-dire un lieu vraiment adapté et ouvert aux personnes en situation de handicap, plus la micro-ferme urbaine, je crois que ça n’existe pas. Donc qu’est-ce que c’est  ? Quelque chose de complètement nouveau. Le but c’est vraiment faire vivre la valeur de mixité. Nous allons tout penser pour que, dans ce restaurant, puissent se retrouver des gens d’horizons complètement différents socialement, culturellement, de tous âges et surtout valides ou en situation de handicap. Nous avons la chance d’être pas mal de professionnels pour le faire, pour que ce soit vraiment adapté, accueillant pour toute personne quel que soit son handicap. On aimerait aussi que ce soit un lieu accueillant pour les familles à Quimperlé. Il y aura un coin jeux pour les enfants à l’intérieur et à l’extérieur. Enfin, nous aimerions aussi proposer des prix raisonnés pour que le restaurant soit accessible à tous. Une fois par mois, proposer des repas solidaires à prix libre pour que tout le monde ait accès à une alimentation de qualité à base de produits frais, cuisinés sur place et provenant des producteurs bios ou locaux ou alors produits par nous-mêmes.

MAG16  : Le projet prévoit-il la création d’emploi pour l’activité restaurant ?
Clarisse Monnier  : Oui, il y aura une équipe de sept salariés composée de personnes valides et de personnes en situation de handicap. Pour le café-restaurant nous allons demander un agrément “entreprises adaptées” donc il y aura un peu plus de personnes en situation de handicap. Après il y aura des salariés de l’association pour les activités purement associatives qui seront des personnes valides.

MAG16  : Est-ce plus difficile pour les personnes en situation de handicap de travailler ?
Clarisse Monnier  : Oui, on sait que nationalement le chômage touche deux fois plus les personnes en situation de handicap. Localement, c’est aussi le cas. Lorsqu’on regarde le schéma départemental Vivre ensemble on s’aperçoit que
sur 1 000 adultes en situation de handicap et en capacité de travailler, seulement 17 % ont un emploi. On voit bien l’étendue des besoins. Et 67 % n’ont participé à aucun loisirs dans l’année écoulée. Si on ne voit pas beaucoup les personnes en situation de handicap dans la vie de tous les jours, ce n’est pas qu’elles n’existent pas, c’est que malheureusement notre société reste encore très clivée. Dans le Finistère, une personne sur dix est touchée par le handicap. Il faut donc créer des lieux de rencontre. Notre volonté c’est offrir des emplois aux personnes en situation de handicap et d’être aussi un lieu ressource pour créer des stages, des premières expériences professionnelles, pour orienter. On va essayer vraiment d’apporter notre pierre à l’édifice sur ce volet-là.

MAG16  : Aujourd’hui, combien de membres comptent l’association  ?
Clarisse Monnier  : Ce qui est chouette, c’est qu’une idée née d’une discussion entre trois personnes qui avaient envie de réinventer le monde s’est répandue. Finalement à force d’en parler, à droite à gauche, on s’est dit : on va le faire ! Nous avons monté l’association à dix et au fur et à mesure nous avons été rejoints par d’autres personnes motivées pour être aujourd’hui 90 membres adhérents dont entre 30 et 40 membres vraiment actifs sur les chantiers, sur le montage de projets, les groupes de travail. C’est un très beau collectif et c’est ce qui nous porte, parce que c’est quand même un projet d’envergure. On voit que les gens sont vraiment sensibles aux valeurs que nous portons. Le projet fédère beaucoup de gens. Ce qui est sûr, c’est que nous avons déjà réussi le projet humain.

MAG16 : Cette adhésion, on la retrouve dans le fait que Ty pouce soit un projet participatif, c’est quelque chose d’important pour vous  ?
Clarisse Monnier  : C’est une volonté de départ, d’être le plus participatif possible dans le fonctionnement de l’association. Du coup, très rapidement nous avons mis en place des groupes de travail où les bénévoles s’inscrivent selon leurs affinités, leurs intérêts. Il y a le groupe de travail “micro-ferme”, le groupe “café-restaurant”, le groupe de travail “entreprise adaptée – ressources humaines”, le groupe de travail “activités pédagogiques”. Dès qu’on a pu avoir accès au terrain et au local on a mis en place les chantiers participatifs plusieurs fois par semaine pour commencer à préparer le lieu, à l’aménager.

MAG16  : Même pour le financement du projet, vous avez fait appel au financement participatif, n’est-ce pas ?
Clarisse Monnier  : Tout à fait, il y a eu une campagne de financement participatif cet été. Elle a très bien marché puisque nous avons récolté 6 500 euros ! Pour un projet tout nouveau comme le nôtre, ça nous a montré un beau soutien du territoire. Ce soutien a été confirmé un peu plus tard lorsque nous avons organisé une journée dans le parc des Gorrêts pour récupérer du matériel d’occasion.
Il faut également signaler que notre projet a également pu se monter car il a été fortement soutenu par la mairie de Quimperlé et par Quimperlé Communauté qui nous ont accordé des subventions d’investissement mais aussi de fonctionnement. C’est ce qui a permis à la banque aux autres financeurs de nous suivre ensuite. il y a également le Département qui devrait nous soutenir comme la Région et l’État si nous obtenons l’agrément “entreprise adaptée”.

MAG16  : Quand est-ce que les habitants du territoire pourront-ils découvrir le lieu ?
Clarisse Monnier  : En avril 2021. On y croit ! Nous sommes assez nombreux à chaque chantier, donc on pense que ça va le faire ! On croise les doigts pour la situation sanitaire. De toute façon nous ouvrirons au moins pour la vente à emporter parce que c’est une des parties de notre activité et pour le maraîchage puisque produire est toujours autorisé.

MAG16  : Quel est votre lieu préféré sur le territoire ?
Clarisse Monnier  : Un de mes lieux préférés a toujours été le parc des Gorrêts à Quimperlé. Avant le projet Ty pouce, je venais déjà avec mes enfants jouer au parc parce que c’est un lieu magique. À chaque fois qu’on venait se balader, on voyait ce vieux restaurant tout près du centre-ville et on se disait que ce serait chouette de faire quelque chose dans cet endroit. Sinon, il y a tout le littoral entre Kerfany et Doëlan qui est magnifique, à chaque fois, on redécouvre la côte.

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