Yann L’Outsider

Depuis plus de 25 ans, l’artiste peintre et graffeur Yann L’Outsider dessine son propre chemin. Lui, l’enfant du pays né à Quimperlé qui a grandi à Baye, pouvait-il rêver meilleur cadre, qu’il soit mur ou toile ? Ici, entre Pont-Aven et Le Pouldu, là où tant de peintres célèbres ou anonymes ont puisé leur inspiration, nourri leur créativité.

Une cour au bout d’une voie sans issue, quelques bâtiments forment une ancienne ferme-manoir sur le terrioire de Riec-sur-Bélon. Au détour de l’un d’eux se cache l’atelier de l’artiste. C’est dans un espace-galerie dénudé, ceint de quelques-unes de ses toiles en noir et blanc, que Yann dépeint son histoire. Ces expériences qui peuvent soudain faire naître une vocation. Encore adolescent, lors d’une visite au Rijksmuseum à Amsterdam, il découvre une peinture qui le bouleverse, La Ronde de Nuit de Rembrandt. « J’en suis tombé amoureux. La lumière… c’était irréel. » Une émotion pure, un déclic qui impulsent une double trajectoire.
Formé à l’ébénisterie, notamment à l’école Boulle, il travaille pendant quinze ans dans des ateliers parisiens, au cœur d’un artisanat d’excellence. Mais en parallèle, une autre vie s’invente, plus libre, plus instinctive. « La semaine, j’étais ébéniste. Le week-end, je graffais. » Dans les friches, les discothèques abandonnées, les murs oubliés, il découvre une autre manière d’habiter le monde. « Il y avait ce côté carte au trésor. Trouver le lieu, entrer, peindre… et repartir avec juste une photo. J’étais fou de ces journées-là. » 

Se faire un nom 

Aujourd’hui, il signe ses œuvres sous le nom de « L’Outsider ». Un choix pour affirmer « une manière de penser différemment, de regard autrement, de rester en marge », explique-t-il.
Parmi les milliers de graffitis réalisés, « il doit en rester seulement une dizaine aujourd’hui. » relativise-t-il sur la temporalité d’une œuvre. L’émotion, elle, reste en revanche gravée, note-t-il en citant certaines créations en France et à travers le monde.
Plus près de nous, son intervention à la médiathèque de Riec-sur-Bélon conforte la reconnaissance de son art sur ses propres terres. Une œuvre pensée en résonance avec le lieu, ses couleurs, son histoire. Inspirée par une relecture des Nymphéas de Claude Monet, elle dialogue avec l’étang voisin et les transformations du jardin. « J’ai voulu créer quelque chose qui fasse écho au territoire, sans être frontal. » Un simple bandeau rappelle discrètement la coiffe de Mélanie, figure locale. Une manière de tisser du lien sans imposer. 

Créer une émotion, un questionnement  

Car l’artiste ne cherche pas à décorer, encore moins à imposer une vision. « Embellir, c’est subjectif. Ce qui m’intéresse, c’est de créer une émotion, un questionnement. » La couleur dans une ville grise, un geste inattendu sur un mur banal, ses œuvres viennent bousculer les habitudes, ouvrir des brèches.
Avec le temps, son travail évolue vers la toile. Non pas un renoncement au graffiti, mais une nécessité intérieure. « J’avais besoin d’autre chose. » Mais une règle demeure : ne jamais se répéter. « Si je trouve une recette qui marche, j’arrête. Sinon je deviens artisan de mon propre travail. »
Sa peinture garde la trace du geste urbain : rapide, physique, presque dansé. « Avec l’aérosol, on n’est pas en contact avec le support. C’est une forme de chorégraphie. » Chaque œuvre est une exploration, jamais une démonstration. Pour lui, créer, c’est rester vivant. « J’ai besoin de laisser une trace. Sinon je me sens vide. » Mais une trace fragile et éphémère. « Le graffiti m’a appris à ne rien garder. » Seul le désir irrépressible et vital de créer, reste. A l’image de son modèle, l’artiste peintre, Pierre Soulages, qui continuait encore de peindre à 102 ans. Yann vit aujourd’hui de son art, entre fresques monumentales et expositions en galerie. Sollicité aux quatre coins de la planète, il prépare notamment une participation à la Urban Art Fair à Paris et une résidence en Espagne avec l’artiste Felipe Pantone. « Chaque projet est une nouvelle aventure. Mon but ? Continuer à surprendre, à me surprendre, et à faire réfléchir » conclut l’artiste, fidèle à l’esprit d’un outsider, devenu lui aussi modèle… 

 

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